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Mobilier urbain partenaire de vie

par Florent Aziosmanoff

Un service adapté
Un service numérique complet
Fonction dramatique : une relation humanisée
Marivaux
Une société robotique marivaldienne


Fonction dramatique : une relation humanisée

Les mobiliers du Jardin des amours apportent leur service en s’appuyant sur une capacité de comportement complexe et subtil. Ils peuvent prendre des initiatives, anticiper des besoins, voire les susciter, choisir de se mettre en avant ou de rester en retrait. Autrement dit, pour les usagers, ils deviennent petit à petit des partenaires de vie à part entière.

La question posée est donc de savoir s’ils doivent être ces auxiliaires d’une manière neutre, apportant leur service de façon « transparente ». Mais le pourraient-ils, si c’était l’option adoptée ?

Si peu qu’une capacité d’initiative se manifeste, nous y projetons des intentions qui font sens dans notre propre système d’interprétation. Lorsqu’une simple machine à café refuse de nous délivrer la boisson attendue tout en gardant notre pièce, plutôt que dysfonctionnement technique nous y voyons, ne serait-ce que fugitivement, incompétence, sinon malhonnêteté de sa part. Qu’en sera-t-il pour des robots nous apportant spontanément de nombreux services ?

A laisser en jachère la maîtrise de ces interprétations, elles se voient exposées au risque de projections abusives ou fantaisistes. Pensons aux visions paranoïaques décrites dans des films tels que Matrix des frères Andy et Larry Wachowski (1999) ou I, Robot de Alex Proyas (2004). Les machines y sont dépeintes comme porteuses d’intentions endogènes, dont la perspective inéluctable est de se retourner contre les hommes : espèce contre espèce.

Or, ces robots ou agents intelligents auxiliaires de vie sont des « objets » réalisés par des hommes, pour le service des hommes. Il n’y a rien en dehors de ce que leurs concepteurs y ont mis, il n’y a précisément pas d’intention endogène dans ces dispositifs.

En revanche, il y a bien une propension inextinguible de la part des usagers à projeter une intention sur les faits et gestes de ces robots qui les abordent et les servent. L’interprétation qu’ils en font a une forte influence sur la manière dont ils acceptent, comprennent, voire collaborent aux services qui leur sont proposés. Autrement dit, cela a une influence capitale sur la possibilité de rendre ou non ces services.

C’est pourquoi il est fondamental d’investir la dimension symbolique associée au comportement des robots dans leur relation avec les humains. Nous pouvons a minima nous en emparer pour canaliser la relation « homme-machine » à l’intérieur d’un système familier, facilement interprétable et utilisable par le public. Nous pouvons également y associer une pensée plus fondamentale, qui donne une cohérence en profondeur à toutes les actions réalisées, une pensée qui se dévoile au fil d’une relation de plus long terme et porte le public vers une réflexion de nature poétique ou philosophique.

C’est dans cette double perspective que Le Jardin des amours intègre un système dramaturgique, qui dirige la relation établie entre les robots et les usagers. Les robots y ont des intentions qui gouvernent leurs initiatives, explicitement issues de la pensée humaine et mettant en pleine lumière ses enjeux et ses valeurs. L’usager perçoit et comprend les intentions qui gouvernent les robots, il peut anticiper leurs actions et conduire une relation dialectique avec eux autour des services qu’ils lui apportent.

Le système dramaturgique choisi pour animer Le Jardin des amours est issu du théâtre de Marivaux, il en reprend la dimension formelle, comme ses enjeux humanistes.

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