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De Marivaux au Jardin des Amours

Le Jardin des amours fait vivre l’univers de Marivaux, dans une adaptation qui en reprend aussi bien les éléments de forme que de fond. Les points clés de son théâtre font ainsi l’objet d’une transposition permettant son expression avec les robots, dans leur jeu entre eux et avec les usagers. Nous reprenons ici les éléments principaux, en indiquant comment les éléments de l’analyse ont défini les comportements des robots.

Situations

Le théâtre de Marivaux est un théâtre de situations. Il n’y a pas de personnages (Character, au sens anglo-saxon du terme), de figures récurrentes, comme par exemple dans le théâtre de boulevard : le mari ; l’amant ; la maîtresse ; le cocu ; etc.. Si l’on excepte Arlequin, qui peut être vu comme un vestige de la Commedia dell’arte. Il y a en revanche des « situations », qui font qu’une personne tombe amoureuse d’une autre, qui peut-être n’est pas disponible, qu’une troisième pourra opportunément aider à conquérir… et ainsi, une histoire se noue et des personnages y jouent un rôle. C’est donc la situation qui provoque le rôle de chacun et, en retour, c’est la disponibilité de chacun à jouer ou non ce rôle qui détermine l’émergence et l’évolution de la situation.

Les robots ont tous les mêmes possibilités d’actions (modulo leur spécificité « physique ») et d’interactions avec les autres robots ainsi qu’avec les usagers. Ils peuvent se retrouver dans toutes les situations de jeu : désirant, objet du désir, entremetteur, victime de la déception amoureuse, fuyant la société, etc.

Le sexe des robots

Le genre est indifférent dans la nature des relations qui se jouent dans le théâtre de Marivaux. Les histoires et positions dans ces histoires peuvent arriver aussi bien aux hommes qu’aux femmes : elles sont interchangeables. La seule exception est l’homosexualité, qui n’est pas abordée.

Ainsi, les robots n’ont pas de sexe. Ils peuvent avoir indifféremment des relations les uns avec les autres, pourvu que ces relations ne se nouent pas entre robots de même genre. Elles peuvent également se nouer avec les usagers, indifféremment de leur sexe.

Désir

C’est le désir qui gouverne le déclenchement et la conduite des histoires d’amour dans le théâtre de Marivaux. S’il peut parfois « mourir », il peut être revitalisé par une opération de séduction appuyée ou par « surprise ». Le niveau de désir, ou de libido, vu comme une donnée physiologique, va ou non rendre disponible une personne à la relation amoureuse. Le niveau de ce désir est plus important que les caractéristiques de la personne sur laquelle il se cristallise.

Les robots sont programmés pour avoir un plan « inconscient », qui est celui où s’élabore en permanence leur niveau de « désir ». Ce niveau conditionne le fonctionnement de tous les autres plans d’action. Un niveau de désir élevé conduira vers la recherche d’une relation amoureuse. Moyen, il provoquera plutôt l’apport d’un service et l’entre-aide. Bas, il mettra le robot dans une attitude de fuite misanthropique. Le désir évolue lui-même en fonction des expériences vécues par le robot, notamment sa satisfaction ou sa frustration dans les objectifs qu’il tente d’atteindre.

Interventionnisme et relations

Le théâtre de Marivaux valorise le jeu des relations sociales, telles que l’amitié, le désir de servir, d’intervenir dans une situation, que ce soit pour apporter sa collaboration ou en être antagoniste. L’interventionnisme y est légitime.

Les robots ont ainsi un moteur « psychologique » qui les poussent spontanément vers les usagers ou les autres robots.

Hiérarchie sociale

La hiérarchie sociale est très présente dans la société de Marivaux. Elle est par nature relative, et peut évoluer selon la bonne ou mauvaise « fortune » de chacun – qu’il s’agisse d’argent, ou de position sociale apportée, par exemple, par le mariage où l’inférieur se voit élevé au rang du supérieur. Nous y trouvons une hiérarchie principale, avec les maîtres et les serviteurs. Mais à l’intérieur de celle-ci, les personnes peuvent avoir des positions plus ou moins élevées, et notamment chez les serviteurs, en fonction de leur attachement plus ou moins proche au service direct des maîtres.

Les robots respectent la hiérarchie qui place les usagers au dessus et eux-mêmes à leur service. Entre eux, une hiérarchie plus ténue peut être distinguée qui est, allant du haut vers bas : banc ; luminaire ; poubelle. Cela se manifeste notamment par qui fait l’effort de s’approcher de l’autre pour apporter un complément de service : une fois l’usager assis sur le banc, le luminaire-parasol prend place à son côté, et la poubelle se positionne enfin comme elle le peut.

Servitude

Les personnages de Marivaux rendent les services associés à leur charge. Ils se soumettent à la hiérarchie sociale, mais ils la conditionnent au sens du respect mutuel. Ce non respect peut provoquer une réaction qui s’exprimera

Notamment dans leur relation aux usagers, les robots attendent ce respect, quand bien même leur fonction principale est-elle de les servir. Ils peuvent ainsi se « révolter » de l’attitude d’un usager, si par exemple ils pensent être « maltraités » par celui-ci. Ce qui peut les conduire à protester, voire à fuir un usager ou à refuser de lui délivrer un service.

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